Shusan - Voici une histoire qui m'a beaucoup émue lorsque je l'ai lue, dans un autre site. Je ne désire pas faire du misérabilisme mais simplement montrer que, bien souvent, nos

 

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Shusan

Rédigé par Micheline
Posté le dimanche 22.05.05 à 17h41
Message n° 24786

Voici une histoire qui m'a beaucoup émue lorsque je l'ai lue, dans un autre site. Je ne désire pas faire du misérabilisme mais simplement montrer que, bien souvent, nos petits "malheurs" sont dérisoires. Je ne pense évidemment aux réelles souffrances qui sont parfois relatées sur Alliance. Je respecte chaque histoire et chaque être. Mais je parle de ces petits tracas auxquels nous donnons parfois trop d'importance. Nous nous privons ainsi d'un bonheur pourtant présent mais que nous ne voyons pas, aveuglés par une petite poussière. Voici cette histoire :

Histoire de Shushan
Shushan*, une fillette de 8 ans au joli visage encadré de boucles, allait chercher plusieurs fois par jour de l'eau à la source sur la montagne avec sa cruche d'argile qui, même vide, pesait déjà un poids considérable. Shushan accomplissait sa tâche sans se plaindre, car ce travail est tout à fait normal pour les filles en Ethiopie. A côté de cela, elle devait rassembler du bois pour entretenir le feu dans la petite hutte enfumée. Elle s'était habituée depuis longtemps à la toux et aux yeux qui brûlent.

De la petit hutte où vivait sa famille, on avait une vue magnifique, mais Shushan ne la remarquait pas, car elle n'avait pas de temps pour cela. Son seul moment de repos était celui où elle allait à l'église du village pour s'agenouiller un moment. C'est dans cette église qu'un jeune prêtre la remarqua et demanda sa main à son père. A ce moment-là, Shushan avait 9 ans...

"S'il-vous-plaît, maman, papa, laissez-moi aller à l'école afin que je puisse apprendre à lire", priait Shushan. Mais non, ce n'était pas possible: "Ma fille nous ne pouvons pas refuser la demande du prêtre. Ce serait peut-être possible de dire non à quelqu'un d'autre, mais pas à un prêtre" répondit sa mère les larmes aux yeux, alors que son père se détournait.

Shushan partit alors pour un nouveau domicile où elle devait accomplir les mêmes travaux qu'à la maison. Sa patronne était maintenant la mère de prêtre et Shushan apprit à satisfaire les besoins de cette nouvelle famille.

Après quelques années, elle eut ses premières règles. Shushan était maintenant prête pour son époux. En peu de temps elle fut enceinte. Son petit corps de 14 ans, qui s'alourdissait chaque mois, était cependant toujours malmené par les travaux quotidiens, chercher du bois et de l'eau, cuisiner et servir. Shushan souffrait d'une faible constitution des os et d'un bassin déformé suite à son travail dur et précoce. Mais elle n'en savait rien. Comment l'aurait-elle pu?

Très éloignée d'un hôpital, d'un marché ou d'une école, très haut dans les montagnes Simian d'Ethiopie, Shushan ressentit les premières contractions dans sa petite hutte de village. Toutes les femmes du village vinrent près d'elle pour lui donner des conseils; les hommes étaient dehors, rendaient visite à des amis ou allaient à l'église. Les hommes ne se mêlent pas des affaires des femmes... Après cinq jours de souffrances indescriptibles, Shushan accoucha d'un enfant mort.

Le vagin de Shushan était gravement lésé: le tissu était presque partout nécrosé et une infection pendant les semaines suivantes eut pour conséquence que sa vessie se détacha et sortit. L'inflammation était si grave qu'un trou se forma dans le rectum. Le pire était que Shushan ne pouvait plus contrôler ses selles et que les excréments s'écoulaient continuellement.

Une mauvaise odeur accompagnait Shushan partout, la maladie l'affaiblissait. Le pire pour elle était cependant d'être rejetée par son entourage. Un prêtre se marie pour la vie: pour lui, impossible d'envisager un divorce. C'est pourquoi le mari de Shushan chercha de l'aide: il entendit parler du "Fistula Hospital" d'Addis Abeba. Comme sa femme, à peine sorti de l'enfance, ne pouvait voyager seule à cause de sa maladie, il l'amena lui-même à cet hôpital trois mois plus tard.

Lorsque les médecins examinèrent Shushan, ils constatèrent qu'elle n'avait plus de vessie. Ils opérèrent donc tout d'abord le rectum avec succès. Mais que faire dans le cas de la vessie disparue? Une vessie artificielle, formée au moyen d'un morceau d'intestin fut envisagée. Cela signifie que l'urine coule par un petit trou (stomie) de la paroi abdominale dans une poche en plastique. Celle-ci doit être la vie durant vidée plusieurs fois par jour et changée. Pour cette raison, et parce que Shushan avait encore besoin des soins médicaux, elle dut rester dans le voisinage de l'hôpital.

Shushan avait 15 ans lorsqu'on lui proposa cette opération. Elle pleura tout d'abord parce qu'elle comprenait qu'une vie normale lui serait désormais impossible. Ensuite elle parla avec d'autres femmes qui avaient une stomie et observa comme elles s'en accommodaient. Elle réalisa que la vie de ces femmes trouvait un sens par le travail qu'elles faisaient à l'hôpital. Finalement, elle accepta d'être opérée et en parla avec son mari. Il n'était pas certain que celui-ci veuille plus tard la reprendre chez lui dans ces conditions...

Une année a passé depuis l'opératon. Shushan s'est non seulement habituée à vivre avec sa stomie, mais elle a aussi appris à lire, à écrire et à compter. Elle vit avec d'autres femmes dans le même cas à Desta Mender, une ferme qui appartient à l'hôpital, où elles cultivent des légumes et s'occupent des vaches et des poules. Elles fournissent des oeufs et du lait pour l'hôpital et pour leur propre usage. Shushan est encore très jolie. En ce mement, elle rend visite à sa famille au village. Son mari voudrait bien qu'elle revienne malgré sa stomie, et nous essayons d'arranger ce retour.

Ce qui est tragique dans cette histoire, c'est que tout cela aurait pu être évité si quelqu'un avait dit à Shushan qu'en raison de sa taille, de sa sous-alimentation et du dur travail précoce qu'elle avait assumé, elle faisait partie du groupe à haut risque pour les complications d'accouchement.

S'il y avait eu une école grâce à laquelle elle aurait eu accès à des informations, si les fillettes aussi étaient suffisamment nourries, si les travaux lourds étaient répartis entre garçons et filles, s'il y avait eu un centre de santé dans le voisinage, si les filles trop jeunes n'étaient pas mises enceintes, si les filles n'étaient pas mariées si tôt, s'il y avait un téléphone dans chaque village, s'il y avait de bonnes routes et des moyens de transport, s'il y avait assez d'argent pour payer le transport à l'hôpital en cas d'urgence... si...

Si toutes ces conditions avaient été remplies, Shushan aurait pu vivre une vie normale. En fait, elle aurait été condamnée à une existence de morte vivante, si le "Fistula Hospital" d'Addis Abeba n'avait pas existé. Cet hôpital où un retour à la normale ne fut pas possible, mais où l'espoir devint réalité.









Les réponses à ce message

 Bonjour Micheline ! par Cherchant le 23.05.05 à 10h44
 Pas gai par Capella le 23.05.05 à 18h22
 Ce que j'en retire par Belange le 23.05.05 à 18h45

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